Immocitiz a été placée en liquidation judiciaire le 18 octobre 2023 par le tribunal de commerce de Nantes. La société, fondée en 2012 par Loïc Audet et Frédéric Lamet, proposait un service d’investissement locatif clé en main. En une décennie, elle revendiquait plus de 2 000 projets réalisés pour un total de 390 millions d’euros d’actifs immobiliers. Comprendre les raisons de cette faillite permet d’éviter des erreurs coûteuses avant de se lancer dans le locatif.
Capital social et modèle économique : ce qui fragilisait Immocitiz
Immocitiz était constituée en SAS avec un capital de 7 500 euros. Pour une société qui gérait des centaines de projets immobiliers simultanément, ce montant signale une capacité d’absorption des pertes quasi nulle. Un seul trimestre de baisse d’activité pouvait mettre la trésorerie en danger.
Le modèle reposait sur des honoraires de 7,7 % TTC du montant investi (minimum 7 000 euros), complétés par 75 % TTC d’un loyer mensuel pour la mise en location et 3,9 % TTC de gestion locative. Ces revenus dépendaient directement du volume de transactions conclues chaque mois.
Quand les taux d’intérêt ont grimpé à partir de 2022, le nombre d’investisseurs capables de financer un projet a chuté. Les honoraires ont fondu, mais les charges fixes (salaires, locaux, outils) sont restées. Le décalage entre recettes variables et dépenses incompressibles a asphyxié la société en quelques trimestres.

Rétrocommissions dans l’investissement locatif clé en main
Vous vous demandez comment certaines sociétés clé en main affichent des honoraires « tout compris » sans que le prix semble excessif ? Une partie de la réponse tient aux rétrocommissions. Ce terme désigne les commissions versées par un vendeur ou un artisan à la société qui lui apporte un client.
Concrètement, quand Immocitiz sourçait un bien pour un investisseur, le vendeur pouvait reverser une commission à la société. Même logique côté travaux, via sa filiale Creacitiz. L’investisseur ne voyait pas ces commissions sur sa facture, mais elles gonflaient le prix d’acquisition ou le coût des travaux.
Le problème : ce mécanisme crée un conflit d’intérêts. La société a intérêt à orienter l’investisseur vers les biens ou les artisans qui versent la meilleure commission, pas nécessairement vers ceux qui offrent le meilleur rendement locatif. Quand le marché se retourne, les biens surévalués à l’achat deviennent difficiles à revendre ou à rentabiliser.
Faillites en série dans le secteur proptech locatif
Immocitiz n’est pas un cas isolé. Masteos, autre acteur du clé en main, a connu des difficultés graves en 2024. La presse patrimoniale parle désormais d’une tendance structurelle de faillites dans le segment clé en main, pas d’accidents individuels.
Les causes se recoupent d’une société à l’autre :
- Des modèles économiques entièrement dépendants du volume de transactions, sans réserve de trésorerie pour absorber un ralentissement du marché immobilier
- Une sensibilité extrême à la hausse des taux d’intérêt, qui réduit mécaniquement le nombre d’investisseurs finançables
- Des marges comprimées par les rétrocommissions et la concurrence sur les honoraires, laissant peu de marge d’erreur opérationnelle
La répétition de ces défaillances montre que le risque ne venait pas d’une mauvaise gestion ponctuelle mais d’un modèle fragile par conception.
La base clients rachetée par BrickMeUp
Au printemps 2024, BrickMeUp a racheté la base de clientèle d’Immocitiz. Ce rachat ne couvrait ni les contrats en cours, ni les actifs, ni les garanties initiales. Les investisseurs dont les projets étaient inachevés n’ont bénéficié d’aucune continuation automatique de leurs engagements.
Ce type de cession, fréquent en liquidation, valorise les données clients comme un actif immatériel. Pour l’investisseur concerné, la conséquence est claire : il se retrouve sans interlocuteur pour terminer des travaux ou récupérer des acomptes versés.

Signaux d’alerte avant d’investir dans le locatif clé en main
Le cas Immocitiz fournit une grille de lecture applicable à n’importe quelle société d’investissement locatif. Avant de confier un projet à un opérateur clé en main, plusieurs éléments méritent une vérification :
- Le capital social de la société : un capital de quelques milliers d’euros pour une activité qui engage des centaines de milliers d’euros par projet constitue un signal de fragilité financière
- La transparence sur les rétrocommissions : demandez par écrit si la société perçoit des commissions de la part des vendeurs ou des entreprises de travaux, et quel en est le montant
- La dépendance au volume de transactions : une société dont la totalité des revenus provient des honoraires sur projets, sans activité récurrente stable, est vulnérable à tout retournement de marché
- L’existence de garanties en cas de défaillance : vérifiez si des assurances ou des mécanismes de séquestre protègent vos acomptes et vos travaux en cours
Un rendement locatif annoncé ne vaut rien si la société qui le promet disparaît avant la livraison. La rentabilité d’un investissement se mesure sur la durée, pas sur une simulation commerciale.
Contraintes réglementaires à intégrer en 2025-2026
Le contexte réglementaire ajoute une couche de complexité pour les investisseurs locatifs. Les interdictions de location liées au DPE (diagnostic de performance énergétique) se renforcent progressivement. Les logements classés G sont déjà concernés, et les classes suivantes le seront dans les années à venir.
Pour un investisseur qui achète via un opérateur clé en main, cela signifie que le coût réel des travaux de rénovation énergétique doit être intégré dès le calcul initial de rentabilité. Un bien livré avec une mauvaise classe DPE peut devenir non louable à court terme, annulant tout le rendement prévu.
Côté fiscalité, le statut LMNP (loueur meublé non professionnel) fait l’objet de réformes sur le traitement des amortissements lors de la revente. Ces évolutions modifient le calcul de la plus-value et donc la rentabilité nette de l’opération sur le long terme.
La faillite d’Immocitiz rappelle qu’un intermédiaire ne supprime pas le risque, il le déplace. Le bien immobilier, son emplacement, sa conformité réglementaire et son financement restent la responsabilité de l’investisseur. Déléguer la recherche et les travaux peut faire gagner du temps, à condition de vérifier la solidité financière de celui à qui on confie le projet.

